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mardi 29 juillet 2014

JEAN DE L’OURS

Voici l’histoire de JEAN DE L’OURS racontée par OLIVIER DE ROBERT. "Les conteurs Pyrénéens - Ariège - TV Izard.

VEUILLEZ CLIQUER SUR LE LIEN CI-DESSOUS POUR ÉCOUTER LE CONTE ou le copier coller dans le navigateur : http://youtu.be/roOfDzLQGJg

Comme ce conte est riche de significations symboliques ! Olivier de Robert vient de nous livrer son interprétation, voici le décryptage symbolique qu’elle m’a inspirée :

Un ours enlève une bergère. L’animal est peut être séduit par l’humanité de la jeune fille. Il croit la posséder en l’emprisonnant dans une grotte ! Est elle d’abord esclave de ses sens, ou soumise à sa force brute ? L’histoire dit seulement que de leur rencontre naît un bébé.

Gravure du 15e siècle.

Dans le monde animal, les êtres ne sont pas nommés et c’est donc sa mère qui le prénomme Jean. Lorsqu’il grandit, elle lui raconte sa nostalgie du village, sa civilisation. Redevient elle humaine au travers de ses sentiments pour son fils ? Elle lui enseigne l’amour. Il lui promet en retour qu’il la délivrera. Mais un enfant dépend de ses deux parents pour survivre. Si la maman est assujettie à la brutalité d’un époux, l’enfant sera aussi prisonnier de ses pulsions animales. Au début, il est trop faible pour résister à la toute puissance du père. Il lui faudra atteindre l’âge de raison pour se libérer de son joug : À sept ans, il parvient à soulever la roche obstruant la grotte qui les emprisonnait, lui et sa mère. C’est donc en alliant les qualités de ses deux parents, la puissance physique de l’un, l’amour, le rêve de liberté et le raffinement de l’autre, qu’il parvient à se rapprocher des humains.

Ce n’est que lorsqu’il commence à vivre parmi eux que l’enfant reçoit un nom de famille : Jean de l’Ours. Si le prénom donné par sa mère est humain, son nom de famille tient sa particule noble de son animal de père, un sobriquet qui exprime tout le paradoxe de sa naissance ! Au village de sa mère, il subit les moqueries des autres. Bientôt, il doit s’enfuir pour leur échapper, tout autant que pour les épargner, tant sa force brute les menace. Mais dans sa maturation, un individu ne doit il pas, prendre de la distance par rapport au monde maternel ?

Gravure du 15e siècle montrant un hybride né d'un ours et d'une femme. Gravure du 15e siècle montrant un hybride né d’un ours et d’une femme.

De multiples aventures que le conteur ne précise pas lui surviennent dont il ressort toujours vainqueur... grâce à sa force...

Mais un jour, la soif lui vient, une immense soif. Il se retrouve devant la margelle d’un puits, un puits sans fond. Y découvrira-t il de l’eau pour étancher sa soif, celle originelle du ventre maternel, ou les secrets de son inconscient ? Jean de l’Ours plonge dans ses profondeurs et découvre un château. Pour un jeune homme si rustre, c’est une riche trouvaille ! Une princesse y est prisonnière d’un mauvais diable, comme l’était sa mère, d’un méchant. Notre héros et la jeune fille s’éprennent l’un de l’autre. Il voudrait la délivrer. L’histoire se répète, mais en s’affinant : une princesse est plus noble qu’une bergère.

Au fond d’un puits, la vision est trouble et le thème obscur. Le méchant des contes, semble toujours l’autre que le héros, symbolisé ici par le mauvais diable qui maintient la princesse prisonnière ! Cependant, on pourrait interpréter que Jean revit le combat intérieur de son père l’ours, comme celui de tout homme, entre user de sa force musculaire pour dominer... ou protéger les femmes ? De même, la princesse, comme toute femme, doit choisir entre se soumettre ou s’affranchir des hommes, ce qui ne les empêche pas de les aimer ! Mais l’amour est il profond lorsque l’un est assujetti à l’autre ? Jean de l’Ours doit il libérer sa propre féminité pour atteindre un niveau d’évolution supérieur ? La princesse décrite par le conteur est extraordinairement passive, inexistante en tant que sujet. Devra-t elle découvrir sa masculinité ?

Un aigle blanc propose aux amoureux de s’envoler avec lui. Par sa faculté de s’élever du sol, l’oiseau symboliserait l’esprit, ou l’intelligence. La couleur blanche serait la pureté, ou la lumière. Cet aigle blanc là n’est pourtant pas un pur esprit ! Il doit se nourrir de matière réelle pour sortir notre héros et sa princesse du trou. Jean de l’Ours lui offre d’abord tout ce qu’il possède, pain, fromage... Mais cela n’est pas suffisant ! Sans aliments concrets, l’oiseau perd son énergie, rechute, sombre à nouveau dans l’obscurité. Bientôt, c’est un morceau de sa propre viande, sa puissance physique à laquelle notre héros renonce pour aider le rapace à reprendre son ascension vers la lumière. Cela semblerait donc bien, précisément, l’abus de sa force, son comportement de prédateur, qu’il doit abandonner par amour pour la princesse ! Ainsi, l’homme animal, par le sacrifice d’une part de son agressivité, la princesse avec son humanité de femme, et l’aigle, avec son intelligence apte à s’élever, parviennent ils tous trois, ensemble, à se libérer. Un être humain s’accomplit par son corps, coeur et esprit !

Les couples aussi ! Ils s’épanouissent par leurs pulsions primitives, animales, mais aussi dans une acceptation plus globale et transcendante de la liberté de l’autre, une conscience donnée par l’aigle ! En suite de la remontée du puits, on peut imaginer que les deux amoureux ne voudrons pas s’emprisonner l’un l’autre, ni dans une grotte, ni un château, fût-il doré. Le roi, père de la princesse, sacralise le couple qu’elle forme avec Jean De l’Ours. Notre héros peut espérer devenir roi un jour, grâce à sa reine... Et leurs enfants, qui descendent de la montagne, ou du fond des âges, nous tous, appartenons à la grande monarchie de sang mêlé, humaine et animale. De ces origines nous pouvons être fièrs !

L'ours, de Pitiggliano, ancêtre mythique de la dynastie Orsini. La famille Orsini (en latin Ursinis et en français « des Ursins ») est l'une d L’ours, de Pitiggliano, ancêtre mythique de la dynastie Orsini. La famille Orsini (en latin Ursinis et en français « des Ursins ») est l’une des familles princières les plus importantes de l’Italie médiévale et de la Renaissance...

Ce conte pourrait aussi évoquer l’histoire du peuple des humains depuis les origines. Est ce pour protéger les femmes et leur progénitures plus fragiles que nos lointains ancêtres se seraient d’abord réfugiés dans des grottes, puis, des millénaires plus tard, dans des châteaux ? Les abris, grottes et châteaux, sont un jour devenues prisons... pour les femmes surtout ! Depuis l’époque des cavernes, l’humanité expérimente une alternance de sociétés basées sur l’asservissement de l’un par l’autre, puis sur le respect de la liberté de l’autre... Puis, l’histoire se répétant, on assiste à des régressions vers la violence. Cette inégalité commence par un comportement de prédateur de l’homme avec la femme et les enfants et la société suit ce modèle familial, fréquent dans les systèmes totalitaires. Et puis, l’histoire s’affine. On essaie à nouveau un système démocratique, plus égalitaire...

La civilisation progresserait elle en reconnaissant ses origines animales, en les aimant ainsi que la mère, puis la princesse du conte sont parvenues à aimer leur rustre époux ? Comme le suggère le conteur Olivier de Robert, l’ours que sans cesse les hommes tentent de combattre représenterait notre part rustique que nous voudrions détruire sans comprendre qu’elle est indispensable à notre survie. Elle est notre vitalité ! Comme nos ancêtres, Jean de l’Ours, la princesse et l’aigle ont allié leurs qualités pour sortir du puits et comprendre le monde d’en haut, une société future évoluera-t avec la pleine conscience que sur terre, humains, animaux et plantes, nous sommes tous interdépendants ?

Voici mon interprétation ! Quelle est la votre ?

Dans de nombreuses cultures, l’ours, animal mythique, serait un ancêtre de l’homme : http://racines.traditions.free.fr/b...

Dans les Pyrénées Orientales ou je séjourne pour l’été, on fête toujours l’ours dans les montagnes, notamment à Prats de Mollo : http://www.centerblog.net/societe/4...

Fête de l'ours et carnaval

Et pour conclure, voici comment rugissent les ours : http://m.youtube.com/watch?v=3o2cMGCMK2c

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