ITW dans la gazette de TM sur Robin des graffs

dimanche 28 février 2016

Muriel Zürcher explore la ville pour son troisième roman aux Editions Thierry Magnier.

Après Ça déménage au 6B (où Grégoire entretenait dans son immeuble un élevage clandestin d’animaux plus exotiques les uns que les autres) et La Forêt des Totems (où Max se retrouvait en pleine forêt amazonienne à la recherche de sa mère anthropologue), Muriel Zürcher fait son entrée dans la collection des grands romans avec Robin des Graffs, un récit urbain, sensible et drôle qui nous entraine sur les toits de Parins, on vous le conseille chaleureusement ! Robin des Graffs est donc son troisième livre aux Editions Thierry Magnier. On y suit Sam, un graffeur solitaire qui passe ses nuits à dessiner sur les murs parisiens. Mais ses expéditions nocturnes vont être bouleversées par la petite Bonny qui va s’attacher à ce grand jeune homme malgré lui alors qu’il arpente les couloirs d’un commissariat. En suivant Sam dans sa quête on rencontre des personnages hauts en couleur, Madame Decastale la terrible joueuse d’échec, Noral Laval le capitaine de police, la chorale "les copains d’abord", une association de restaurateurs de monuments clandestins ou encore Mirabelle la jolie vendeuse de la boulangerie. On suit Sam où ses graffs le mènent, dans le bruit comme dans le silence, sur les toits, sous les ponts... Et au milieu de cette ville foisonnante chacun trouvera un moyen de se réjouir du présent.

Passionnés par la vie de ses personnages, on a posé quelques questions à Muriel Zürcher...

On vous sent très sensible aux ambiances urbaines. Dans ça déménage au 6B déjà, on explorait les appartements dans un immeuble de la cité… Dans Robin des Graffs, Sam et Bonny arpentent la ville dans tous ses recoins, d’où vous vient cet intérêt pour la ville ?

La ville a ceci de pratique qu’on peut s’y faire côtoyer facilement quantité de personnages d’âges, de sexes, d’origines sociales, de religions, de métiers, etc. différents. Pour un roman comme Robin des graffs dans lequel les trajectoires des personnages ne cessent de se croiser, c’est très utile ! Ça, c’est le premier volet de la réponse, le côté tambouille d’auteur, mais ce n’est pas le seul… Ce roman trouve son origine dans une conversation avec un ami qui me parlait d’un groupe de potes qui avait restauré en secret l’horloge du Panthéon sans rien demander à personne, ni moyens, ni autorisations. Cette anecdote a déterminé le choix d’un cadre parisien pour ce roman. Et même si, la place occupée par ce groupe de rénovateurs clandestins s’est finalement réduite au fil de la construction de l’histoire, Paris a continué à faire partie intégrante du récit.

Vous dessinez dans ce troisième roman une véritable fresque humaniste, qu’est-ce qui vous y a amenée ?

L’élément qui m’a donné envie d’écrire un nouveau roman, c’est donc ce groupe de clandestins qui rénovent des parties cachées du patrimoine laissées à l’abandon pour les générations futures. Quelle histoire pouvais-je bien raconter à partir de ça ? J’ai eu envie de projeter cette notion du travail de réparation du passé pour embellir l’avenir. Ramené à l’humain, cela m’évoquait le poids que le passé fait peser sur la capacité à aimer. À partir de cette idée, j’ai construit une galerie de personnages variés qui, tous, d’une manière très différente, doivent gérer un passé affectif délicat. On découvre, au travers des rebondissements de l’histoire, les difficultés qu’ils rencontrent pour aimer, accepter d’aimer, accepter d’être aimés. Et au cœur de cette galerie de personnages se trouve une petite fille pour qui les choses se jouent au moment du récit. Les personnages portent donc la responsabilité collective de créer un environnement affectif pour cette petite fille sur lequel elle pourra s’appuyer pour le reste de sa vie.

Vous faites part de beaucoup d’interrogations autour de la société (la situation des sans domicile fixe, la solitude des gens...), Sam est en quelque sorte le lien entre toutes ces questions, comment est né ce personnage altruiste et sensible ?

En règle générale, je suis incapable de dire d’où viennent mes personnages, qu’il s’agisse de Sam ou d’autres. Pendant l’étape de réflexion sur Robin des graffs, je savais que j’aurais besoin de personnages très variés. Pour le personnage principal, j’avais ciblé un jeune adulte. J’avais aussi l’envie que le héros participe à une chorale de SDF qui rend hommage aux personnes décédées dans la rue. Dernier point, j’avais imaginé son passé douloureux. À partir de là, Sam, comme les autres personnages, s’est construit de lui-même, et s’est présenté à ma conscience sans que j’ai le sentiment d’intervenir. C’est grave, docteur Freud ?

Et enfin, il fallait la poser cette question ! D’où vient cet intérêt pour le graff ?

Au départ, le héros principal du roman devait être l’un des membres du groupe des rénovateurs clandestins. Mais durant cette période de façonnage de roman, j’ai lu un article qui racontait qu’un propriétaire d’immeuble avait découpé le mur de son habitation pour pouvoir vendre l’œuvre que Banksy y avait graffé. Je ne m’intéressais pas spécifiquement au street art, mais ça m’était servi sur un plateau : voilà à quoi le jeune Sam pouvait occuper ses nuits ! Restait à trouver ce que le héros du roman grafferait sur les murs. L’idée des couples d’animaux de l’arche de Noé s’est imposée : le lien entre passé et avenir est évident. Dans le roman, Sam graffe en recopiant les pages d’un album illustré sur l’arche de Noé que son amie lui a laissé avant de disparaitre sans raison alors qu’il était enfant. Il espère ainsi qu’elle se manifeste et qu’ils se retrouvent, il tente de ramener le passé à lui pour l’aider à vivre le présent. Et c’est ce qu’il se passe, mais d’une manière qu’il n’attendait pas…

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