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jeudi 14 mai 2015

Auteures à succès

Je viens de terminer la lecture de Manderley forever, la biographie d’une auteure à succès (Daphné du Maurier) par une autre auteure à succès (Tatiana de Rosnay) et cela m’inspire quelques remarques plus ou moins grinçantes :

Tatiana s’est visiblement identifiée à Daphné : ah, la douleur de l’écrivain à succès (très gros succès, mesuré en millions d’exemplaires vendus) considéré comme un auteur de seconde zone sur le plan littéraire ! Dans le cas de T. de R., avouons que c’est mérité. Je n’ai pas lu ses romans, mais si je m’en fie à cette biographie, la dame écrit mal. On ne va pas multiplier les exemples, en voici un : chaque fois qu’elle mentionne le personnage de Maureen, L’auteure se croit obligée de nous préciser qu’il s’agit de "l’assistante personnel de Tommy (p.259), "l’assistante de Tommy" (p. 262), "Maureen, l’assistante de Tommy" (p. 265), "Tommy, assisté par la fidèle Maureen" (p. 277), "Maureen, son assistante" (p. 283), "Tommy, toujours (eh oui ) assisté de Maureen" ( p. 309), "l’assistante de Tommy, Maureen" (p. 325), "Maureen, l’assistante personnelle de Tommy" (p. 331) et enfin "Maureen, l’assistante de Tommy" (p. 336). Puis Tommy meurt, ouf, et du coup Maureen cesse de l’assister.
Chère Tatiana, vos lecteurs ne sont pas tous atteints de la maladie d’Alzheimer, merci de le noter. Et l’éditeur, il ne pourrait pas faire son boulot ?
Quant à "l’écriture ardente" que nous promet la 4ème de couv’, elle est sans doute à chercher dans des phrases du style : "Elle se demande, dans un bourdonnement intense, si on peut (…) détecter la passion, flairer le désir", ou : "Un frisson la parcourt de la tête aux pieds, elle ferme les yeux, s’abandonne à ce vertige, plus puissant que l’amour, plus fort que tout" (Harlequin, sors de cette plume !)ou encore, dans le genre "style indirect libre et formes interrogatives" qu’affectionne l’auteur chaque fois qu’il s’agit de nous faire part des affres psychologiques de Daphné : " Daphné pleure à nouveau, submergée par le chagrin et la honte. Comment lui en parler ? Que peut-elle lui dire ?" Oui, que dire, en effet ?

On a souvent reproché à Daphné du Maurier d’être davantage une raconteuse d’histoire qu’une styliste : "Elle n’avait guère de plume, plutôt un sens de l’aventure à gueule d’atmosphère" (critique de Libé citée dans le livre de T. de R.). De la plume, Tatiana semble en avoir encore moins, et si l’histoire qu’elle raconte ici n’est pas sans intérêt, loin de là, le mérite ne lui en revient guère. Bref, une lecture agaçante, mais j’étais malgré tout contente d’en savoir un peu plus sur l’écrivain Daphné du Maurier, dont je n’ai lu que L’Auberge de la Jamaïque, sombre et assez pervers, avec une belle gueule d’atmosphère, en effet, comme tout ce qu’écrivait la dame. Cette biographie m’aura en tout cas donné envie de lire Rebecca, c’est son principal mérite.

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