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dimanche 15 novembre 2015

Batailles

Je voulais écrire un petit billet sur le week-end que j’ai passé les 6, 7 et 8 novembre à Airaines dans la Somme, dans le cadre de l’opération Atout Lire, et puis l’actualité m’est tombée dessus. Alors parler de ce salon du livre organisé dans un petit bourg du nord de la France, ou pas ?

Mais oui, finalement, parce qu’il ne faut pas se laisser suffoquer par l’horreur, parce que, apporter des livres aux enfants c’est aussi une façon de lutter contre la barbarie, même à petite échelle.

A Airaines, il n’y a pas d’hôtel, du coup j’ai dormi dans une charmante chambre d’hôtes, toute de gris et mauve, amoureusement décorée par la propriétaire des lieux qui fait tellement tout pour qu’on se sente bien chez elle qu’effectivement je m’y suis sentie très bien, apaisée et coucounée.

A Airaines, il n’y a pas de restaurant, du coup j’ai mangé chez quatre familles différentes, qui à chaque fois m’ont accueillie avec une gentillesse et une simplicité qui m’ont touchée. Merci à tous pour les moments chaleureux partagés. Merci aussi à ma consoeur Dominique Brisson pour sa compagnie !

A Airaines, il n’y a pas de librairie. A la Maison de la Presse, quand un gamin dit qu’il voudrait qu’on lui achète "un livre", il a en fait dans les mains un magazine de moto, du coup une opération comme celle de ce salon du livre, c’est vraiment important. Pour ma part, j’y ai très peu signé de livres (8 exactement) mais la bourse aux livres a redistribué des centaines d’ouvrages, et c’est bien.

A Airaines, il y a eu et il y a encore des batailles à mener. En 1940, le bourg a été évacué puis rasé, bombardé par les Alliés, explosé par les Allemands. Le héros local est bizarrement un Gabonais, le capitaine N’Tchoréré, qui a perdu la vie en tentant de résister à l’avance des Allemands. Aujourd’hui, une BD réalisée par des jeunes (et moins jeunes) Airainois en son honneur a donné l’occasion à une délégation gabonaise de venir faire un tour dans le village. Aujourd’hui, des bénévoles se battent contre l’inculture, le repli sur soi, l’indifférence, en essayant de faire partager aux enfants le goût de lire, d’écrire, de créer.

Panneau de présentation de la BD consacrée au capitaine T’Choréré, à Airaines (BD réalisée avec l’aide des dessinateurs Alex Imé et nicolas Desrues)

On n’a que ça, nous, les gens pacifiques, qui nous obstinons à vouloir considérer les autres avec bienveillance et curiosité, à chercher ce qui nous rapproche plutôt que ce qui nous oppose, on n’a que ça, nos efforts modestes, nos bouquins, nos chansons, notre envie de rires et de partage, nos verres de l’amitié, nos discours pleins de bons sentiments, nos mains tendues... On n’a que ça face aux armes lourdes, à la haine, à la rage de destruction, aux semeurs de terreur. Et on se sent bien démunis.

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