Blog

mardi 2 février 2016

Christophe Honoré, le retour

On a beaucoup parlé dans le milieu de la littérature jeunesse des articles de Christophe Honoré dans "Le Monde", où il éreintait deux livres de façon très agressive. J’ai pour ma part exprimé ici même mon énervement à ce sujet. Mais ce qui m’énerve aussi (beaucoup de choses m’énervent, en fait), c’est la façon dont les médias et les réseaux sociaux se focalisent sur un sujet pendant un temps, puis ne l’évoquent jamais plus par la suite.

Ainsi, après avoir hurlé contre les deux premières critiques de Christophe Honoré, personne ne semble s’être intéressé aux suivantes. Je lis "le Monde" très souvent (des fois, je fais juste les mots croisés...) mais ce n’est que récemment que je suis retombée sur une de ses chroniques (du 16/01) et j’ai eu la satisfaction de constater qu’elle était cette fois élogieuse. Elle porte sur un roman d’Elise Fontenaille, La révolte d’Eva , au Rouergue, et en dit, mais oui, du bien, saluant son écriture nerveuse et juste, à la hauteur de son sujet terrible (un parricide). Cela fait plaisir à lire, à propos d’une autrice (oui, je vais utiliser le mot !) qui mérite qu’on salue son travail sans concession.

Christophe Honoré ne peut s’empêcher cependant, on ne se refait pas, de commencer par dire du mal de "certains auteurs" qui déconsidèrent la littérature jeunesse en bâclant le boulot. Mais encore une fois, son propos me paraît très brouillon : il ne suffit pas d’aligner des adjectifs "forts", il faudrait être un peu clair. Citation :

"Oui, elle(la littérature jeunesse) vit et se révèle par le travail d’écrivains qui construisent une œuvre". OK, là on est d’accord, comment ne pas l’être ? "Oui, elle est perturbante, difficile, délicate, contradictoire, folle, belle, terrible et, pour toutes ces qualités, constamment déconsidérée, menacée, détruite." Ah, bon, c’est "pour toutes ces qualités" qu’elle est déconsidérée ? Je pensais plutôt que c’était parce qu’elle était jugée trop souvent mièvre, stéréotypée, commerciale. D’ailleurs, c’est ce que nous dit la suite : "Qui sont les agresseurs  ? Avant tout certains auteurs, qui n’accordent que peu de valeur à leur tâche. Avant tout certains éditeurs, qui accordent plus de valeur aux produits qu’à l’écriture." Bon, même si c’est mal exprimé, on a compris l’idée : c’est à cause des auteurs et éditeurs sans ambition que la littérature jeunesse est déconsidérée, et pas parce que ses détracteurs ou "certains critiques" s’obstinent à la réduire à ses productions médiocres sans bien la connaître. On connaît la chanson, on nous l’a souvent chantée. Alors je vais aussi rabâcher : jette-t-on le discrédit sur la littérature française tout entière parce que bon nombre d’ouvrages publiés ne valent pas tripette ? Je commence à être fatiguée et la suite n’arrange rien : "Avant tout certains chercheurs, qui accordent valeur littéraire et discrimination sociale. Bref, les agresseurs sont ceux qui doutent des valeurs de nos enfants." Je dois être stupide car je n’arrive pas à comprendre ce qu’entend l’auteur par "accorder valeur littéraire et discrimination sociale". Quant aux "valeurs" de "nos enfants", cela semble supposer qu’il y a des valeurs communes à tous "nos enfants", donc une sorte d’absolu de l’enfance auquel il faudrait croire. Je reste perplexe.
L’article se conclut sur une vérité en forme de métaphore (l’image est empruntée à la très belle fin du livre d’Elise) en nous révélant "un secret partagé par tous les écrivains jeunesse  : les livres pour ­enfants sont des fleurs déposées sur les tombes de nos parents, de la part du chien." Vous n’étiez pas dans le secret, ou vous ne reconnaissez pas vos livres dans cette image tombale ? C’est sans doute que vous n’êtes pas un écrivain jeunesse, enfin, pas un vrai.

1 Message

  • Il faudrait combler les fossés imaginaires 27 février 2016 00:31, par Cécile

    A mon sens, ce qui est dommageable, c’est qu’il existe toujours un fossé entre littérature dite "pour la jeunesse" et littérature "tout court"
    J’alterne lectures de littérature destinée aux adolescents et lectures de littérature destinée aux adultes : je ne vois pas la différence. Dans la médiocrité comme dans l’excellence. (Peut-être parfois une plus grande liberté dans l’expression de la première ?)
    Je suis scribe "jeunesse", jamais je ne pense "mes lecteurs sont des enfants" quand j’écris. Et j’ai la chance de connaître des éditeurs qui respectent ce parti pris et l’encouragent.
    Et... peut-être que monsieur Honoré ne le sait pas : nos livres sont certes acquis pour être remis à des enfants, mais ils sont bien souvent lus par leurs parents... et songeons à tous ces blogs littéraires, foisonnant de chroniques au sujet de cette bruissante littérature dite "de jeunesse"... des blogs tenus par des adultes... le fossé est imaginaire.

Autres articles