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dimanche 11 décembre 2016

Pub, médias et littérature jeunesse

Petites réflexions, pour prolonger la discussion lancée par Vincent Villeminot sur Facebook suite à l’émission de la Grande Librairie concomitante à Montreuil : que penser de la nouvelle tendance à promouvoir la littérature jeunesse comme l’autre, la littérature dite "générale" : télé, grosses campagnes de pub ? Ainsi que le fait remarquer Vincent (pourtant lui-même bénéficiaire de la super campagne de pub pour U4) doit-on vraiment se réjouir de ces coups de projecteurs ?

A priori, on aurait envie de dire oui, avec l’espoir que toute la littérature jeunesse française bénéficie de cette considération nouvelle que les médias semblent lui accorder : nous, auteurs jeunesse français, serions enfin suffisamment "bankables" pour que nos maisons d’édition investissent dans notre promo, et suffisamment intéressants pour être montrés à la télé dans une émission littéraire. Cette réaction positive est celle affichée par la majorité des auteurs, me semble-t-il. Il faut dire que dans notre petit milieu, nous soulignons volontiers notre solidarité, la modestie de nos egos, la camaraderie qui nous pousse à nous réjouir des succès de nos confrères et consoeurs au lieu d’en prendre ombrage. Animés de cet esprit bienveillant et optimiste, nous voulons donc croire qu’un peu de la lumière qui les a éclairés rejaillira sur l’ensemble de la profession, que notre oeuvre aussi aura droit à un peu plus de considération de la part du "grand public"... et que nos chiffres de vente progresseront, dans la foulée, car la gloire s’accompagne, outre les satisfactions d’ego qu’elle procure, d’une augmentation certaine des ventes.

Mais on peut être plus pessimiste, comme le souligne justement Vincent Villeminot. Si les médias, poussés entre autres par la pub, commencent à braquer les projecteurs sur certains auteurs et certains livres jeunesse, il risque de se passer ce qui se passe déjà pour le reste de la production artistique : ce seront toujours les mêmes noms qui reviendront, selon l’effet boule de neige, les achats de livres se concentreront sur les titres les mieux promus et laisseront de côté les autres. C’est la loi du marché. Alors on échappera difficilement aux réactions d’amertume et de rancoeur des laissés dans l’ombre et la solidarité dont nous sommes fiers, à juste titre, va en prendre un coup. En effet notre esprit de camaraderie tant vanté ne s’est-il pas développé dans le milieu des auteurs jeunesse du fait même que la "starification" y était inconnue et que ni la pub ni les médias n’y influençaient les ventes, contrairement à ce qui se passe en littérature générale ? Nous ne sommes pas forcément meilleurs que d’autres, nous n’avons simplement pas eu l’occasion d’entrer dans le jeu des comparaisons mesquines.

J’ai pour ma part l’impression que les règles sont en train de changer et que nous nous dirigeons vers une diffusion plus dépendante de la promotion et par conséquent vers des rapports de concurrence plus rudes où il s’agira que le meilleur (ou le plus télégénique, le plus beau parleur, le plus "publicisé"...) gagne. Mais je crois aussi que nous sommes dans l’ensemble assez malins et fraternels pour ne pas nous laisser piéger par le miroir aux alouettes et préserver notre spécificité dans le monde de l’édition. Non ?

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