ils en parlent

lundi 4 mai 2015

Coup de chaud

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3. La coquille de Coup de chaud

Ou comment Icare a pu s’appeler Œdipe !

Quoi ? Il est écrit Œdipe au lieu d’Icare ? Au début, j’ai cru à une mauvaise blague. Immédiatement, j’ai ouvert mon livre, page 148 et je l’ai vu tout de suite, se détachant du reste du texte, Œdipe l’imposteur. J’ai pensé : « Mais qu’est-ce que tu fais là, toi ? » Comment l’intrus s’est-il glissé entre mes lignes, comment a-t-il réussi à prendre la place d’Icare ? Et depuis quand trône-t-il dans mon roman ? Alors j’ai couru dans la pièce voisine et j’ai mis la main sur mon manuscrit, le texte initial. Ma première version. Etait-il déjà là, le farceur ? J’ai tourné les pages, fébrile, jusqu’à tomber sur le dialogue où Mansour déballe sa culture à sa belle. Et je l’ai vu... avec son « e » dans l’O », sorte de regard glauque ou clin d’œil perfide. Avec son air mauvais qui semblait me dire : « Hé hé, je suis là, et tu n’as rien pu faire contre ! » J’ai tout de suite pensé à Icare. Icare qui s’emballe, qui n’écoute pas les mises en garde, Icare qui fonce, qui devrait ralentir, revenir un peu en arrière, relire ses mots, douter du chemin qu’il a pris ! Bien sûr j’ai pensé à Œdipe aussi, qui a tout fait pour ne pas accomplir l’oracle. Relire une fois, deux fois, au moins dix fois son texte, pour finalement y laisser une coquille de la taille d’une montagne ! Je me suis dit qu’on m’aurait mise en garde, l’imposteur aurait tout de même réussi à se glisser sur ma page pour prendre la place d’Icare.

Pardon Mansour ! Tu n’aurais jamais dit Œdipe à la place d’Icare. Toi, le bon élève, tu n’aurais pas fait cette coquille. Comment ai-je pu te prêter cette inversion ? Et débaptiser Icare ? Lui flanquer le prénom d’Œdipe.. ! Qu’ont-ils en commun ces deux là, pour que j’intervertisse leurs prénoms, et pour que ni moi, ni mon éditeur ne s’en aperçoive au cours de nos nombreuses relectures ? Deux personnages masculins de la mythologie, deux (ou trois) syllabes dans chacun des prénoms, les sons « i » et « e ». Point à la ligne. Alors ? La figure du père, peut-être ? Icare meurt d’avoir désobéi à son père, Œdipe tue le sien sans le savoir, accomplissant l’oracle. Ça ne tient pas la route ! Non, il n’y a rien qui ne vienne expliquer la présence d’Œdipe dans mon roman.

Quoique, et si... Si c’était à cause du soleil ? Il m’aurait aveuglé, le soleil, et je n’aurais pas su ce que j’écrivais ni ce que je lisais et relisais... Mon éditeur ainsi qu’un certain nombre de lecteurs auraient d’ailleurs connu le même sort... Cette fois j’ai pensé à Meursault, qui commet l’irréparable sous un soleil de plomb, ne parvenant à expliquer son geste qu’avec ces mots absurdes : « C’était à cause du soleil. »

Raphaële Frier Le 3 Mai 2015

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