bibliographie

jeudi 1er juillet 2010

En roues libres

roman de Sigrid Baffert
Syros, réédition 2006
collection Les uns les autres
couverture : Séverine Assous
ISBN : 978-2-748504941

Ce livre est épuisé chez l’éditeur, mais il est encore disponible chez des libraires en ligne sur Amazon, la Fnac, Priceminister ou d’autres revendeurs d’occasion.

L’histoire : A la suite d’un accident, Ethan se retrouve paraplégique. Il apprivoise son deux-roues grâce à son ami Ludi, qui surmonte son propre handicap avec philosophie et humour. Entouré de ses parents, dont le couple bat de l’aile, et de Yasmine, sa pétillante kiné, il découvre la plongée sous-marine, voyage en Israël, tombe amoureux d’Elsa, "coccinelle polyglotte". Ethan va devoir prendre son envol...

Ici, le point de vue de l’Express.

En roues libres a reçu le Prix Ados 2000 de la ville de Questembert

Première édition, 1999
collection Les uns les autres
couverture : Pierre Folch
ISBN : 978-2-841466801

Extrait 1 :

Séances kiné, exercices de verticalisation, massages, infiltrations. Solliciter mes muscles encore et toujours. Pour qu’ils continuent à jouer le jeu. Au bout de plusieurs mois, j’ai acquis une certaine agilité et un soupçon de mobilité avec ma jambe droite. Quant à la gauche, silence radio. Elle avait décidé de récupérer son autonomie et de se débrouiller sans moi. Les lésions étaient irréversibles. Ça signifiait que je devais apprivoiser « ma mule ». C’est comme ça que j’appelle mon fauteuil roulant. Un clin d’œil à Sancho Pança. Avec Buster né sur un fauteuil à cause d’une saloperie qui lui grignote lentement les muscles et pourtant capable de déménager le monde sur ses épaules, je ne devais pas flancher.

Il y a des gens qui ont un soleil dans le ventre. On se lève et on se couche avec eux.

Entre deux insomnies, je rêvais que je marchais grâce à des valises sur une mer gelée. Je craignais à chaque pas que la glace ne cède sous mon poids. Je devenais aussi petit que Nils Holgersson et je partais à dos de canards sauvages. En fait, mon esprit a peu à peu dissout cette période comme un cachet effervescent. Restent des milliers de bulles. Autodéfense du système. J’absorbe les secondes, je suis une éponge. J’ai décidé de filtrer des pépites de bonheur dans mon tamis et je laisse couler les résidus. Maintenant que je fais corps avec mon "deux roues", il me semble que j’ai toujours vécu assis. Au milieu du brouillard, j’ai profité d’une nouvelle accalmie entre mes parents. Un répit artificiel, mais après tout... Mon accident les avait rabibochés parce que la plaie s’était déplacée.
C’est l’histoire de celui à qui on fait tomber un marteau sur le pied pour ne plus l’entendre se plaindre sans arrêt de son mal de crâne.

Extrait 2 :

Avec Yasmine, j’ai appris à relativiser. Les choses reprennent doucement leur place. Pas forcément initiale. Mais une sorte de grand ordonnancement se remet en marche. Un équilibre inattendu s’installe. Je me souviens de la chanson de Mary Poppins : « Juste un morceau de sucre, qui aide la médecine à couler... »
Yasmine a l’art d’apaiser sans discours. Par sa seule présence. Contrairement à Macha, elle ne ressasse pas, n’anticipe pas. Elle vit. Elle n’aime pas ici et ailleurs, et surtout pas ailleurs quand elle est ici. Elle sait avoir l’esprit en vacances. Elle s’enthousiasme de tout. Elle accommode les riens de la vie et les transforme en desserts improvisés. Alors, deux heures de plongée hebdomadaire à ses côtés, c’est sûrement mieux que six mois d’analyse chez un psy. Je pose mes valises et mes idées pêle-mêle. Et l’espace d’une parenthèse, je laisse ma panoplie d’angoisses au vestiaire, au beau milieu de mes vêtements en boule.

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