Genèse de La fille qui...

dimanche 1er février 2015

La genèse de La fille qui avait deux ombres est une histoire en soi...

Ce roman a germé sur le terreau de deux résidences d’écrivain, autour de créations musicales, deux magnifiques aventures artistiques et humaines.

En effet, le hasard de la vie a voulu qu’en 2009, Danièle Latta de la Fête du Livre de Montbrison et André Chaize du CRILJ Loire m’invitent à créer durant trois mois dans la région natale de ma grand-mère, morte deux ans auparavant. La Loire, qui fut aussi la terre d’exil du père de ma mère. Un homme rude et peu loquace, venu de Sicile à l’âge de trois ans en 1922 avec ses parents fuyant la misère. Ma mère est décédée en 1991 et j’avais perdu tout lien avec mes grands-parents maternels. Or voilà que je me trouvais à quelques kilomètres du dernier témoin de cette histoire familiale, lourde de secrets et de non-dits.

Cette résidence a pris une couleur particulière, mais grâce à son cadre chaleureux, à la magnifique équipe de la Fête du livre de Montbrison et à l’engouement créatif, j’ai eu la force de me plonger dans les eaux troubles du passé.
Le sujet de ma résidence s’intitulait "Changer de tête, pile ou farce". Une manière de contourner les ombres avec humour, je suppose... J’ai donc participé à la création d’un conte musical La vie bretzel, et un d’album illustré La tête envolée. Puis j’ai bâti ce roman en trempant un peu mon encre dans la Vizézy, la rivière qui sillonne la ville.

Juste avant ce séjour, j’avais déjà abordé la transmission maternelle et coécrit avec un clarinettiste un conte musical Halb, l’autre moitié, qui mettait en scène une grand-mère et sa petite fille dans une Europe de l’Est imaginaire.
Pourtant je souhaitais développer davantage le sujet à travers un roman pour explorer d’autres thèmes : la vision de la féminité renvoyée par notre société, ses tabous (comme ce que sous-entend le recours à la chirurgie esthétique), mais aussi l’exil. L’histoire d’une jeune fille qui chercherait à renouer avec les racines délibérément enfouies de sa grand-mère, une émigrée sicilienne…

Lors de mes recherches familiales, de très nombreuses questions sont restées sans réponse. Alors comme la vie ne me suffisait pas, j’ai suivi l’adage de Fernando Pessoa, j’ai décidé de l’inventer. La famille Salinger est née.
Si l’exil ou le secret de famille sont des sujets qui me touchent de près, les personnages du roman sont éloignés de ma propre histoire, ce livre est une fiction à 90%. Tout simplement parce que la maigre réalité que j’ai pu reconstituer est bien trop parcellaire et n’est pas racontable. Quand on n’a plus de grand-mère pour tenir l’aiguille, on invente la grand-mère, on dessine l’aiguille et le fil, et on apprend à coudre l’imaginaire pour habiller la réalité un peu trop nue.

La vie et d’autres projets d’écriture ont interrompu l’avancée de ce texte, jusqu’à ce jour de 2011 où le réseau des bibliothèques du Val de Nièvre m’a proposé une résidence autour d’un nouveau projet musical, en Picardie.
J’ai eu alors la chance d’être logée dans un lieu très inspirant, au cœur du petit village de Domart-en-Ponthieu : une magnifique ferme-brasserie-artisanale, La Brasserie de la Somme, tenue par un couple, tombé avec ses trois filles dans la marmite de la musique et du théâtre. Tout le monde était artiste dans la famille. Le rêve pour un auteur… Une bourrasque qui a redonné souffle au texte ébauché dans la Loire.

La maison était là, autour de moi, pleine de vie, les personnages de la famille Salinger ont ressurgi et emménagé dans mon imaginaire. Mon roman avait désormais un toit neuf et des fondations, un socle pour bâtir la narration et laisser entrer enfin la fiction.

À l’automne 2013, j’ai proposé ce texte à Geneviève Brisac et Chloé Mary, à l’école des loisirs. À ma grande surprise (et à ma grande joie !), elles l’ont accepté immédiatement...

Depuis, la réalité a rencontré la fiction...

La Fille qui avait deux ombres a désormais une bière à son nom (édition limitée) !
Une sacrée brassée d’émotions. À consommer avec modération (les émotions).
Merci François, Marie-Laure et... Justine !

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