Genèse des blue Cerises

jeudi 21 novembre 2013

Ce qui suit est extrait de deux interviews :

Le temps des « Blue Cerises »,
Interview Yozone des quatre auteurs de la série « Blue Cerises »
Publié en octobre 2009
&
Genèse des "Blue cerises" @ Quelques questions à Cécile Roumiguière,
Publié le 05 novembre 2009 par Lilyetseslivres

Quatre personnages, quatre auteurs, quatre « voix » et styles différents.
Pourquoi « Blue Cerises », au fait ?

Cécile Roumiguière, directrice de collection des blue Cerises :
C’est un petit secret de fabrication, la pincée de hasard dans le grand chaudron de la création… Et puis, comme dirait Sigrid Baffert, les “oranges bleues”, c’était déjà pris.

D’où est venu le concept des « blue Cerises » ? Est-ce une idée de Cécile Roumiguière proposée à l’éditeur ? Une envie de l’éditeur ? Une envie de travailler à plusieurs auteurs ?



Cécile : L’idée des « blue Cerises » est née un soir de décembre, sur l’autoroute du Sud. Je viens du monde du spectacle, devenue auteur à plein-temps, le travail en équipe me manque, parfois. Alors, ce soir-là, le cerveau en roue libre, j’ai imaginé une bande d’auteurs pour écrire une bande d’ados. 
J’en ai parlé à des auteurs, ils ont accepté, on a ouvert un forum « blue Cerises » pour parler à la place de nos personnages, les faire grandir, et voilà. 
Un an plus tard, l’éditeur s’est présenté. À ce moment-là, il y a deux ans, Milan cherchait une équipe d’auteurs pour une aventure presse pour les 8/11 ans. Jean-Michel Payet leur a dit que cette équipe existait, avec les « blue Cerises », des nouvelles pour des lecteurs plus âgés. Sophie Chanourdie, qui dirigeait « Macadam », a aimé les « blue Cerises », et les a adoptées.

Pourquoi avoir séparé les livres et ne pas avoir fait un seul tome de cette saison 1 ?

Cécile : Le concept de base des « blue Cerises » est de pouvoir lire les nouvelles dans l’ordre que l’on veut, ce qui ne serait pas possible si elles étaient reliées. On entre dans les Cerises par un personnage, ou un autre, et l’histoire n’est pas tout à fait la même. C’est un point important de cette collection, la liberté laissée au lecteur. Liberté de lire toutes les nouvelles, deux, trois, ou une seule, liberté de les échanger entre lecteurs. Je voulais des livres "nomades", qui entrent dans une poche de jeans et coûtent moins cher qu’un paquet de cigarette. Ça n’a pas été facile, mais on y est arrivé.

Je suis très sensible aux résonances. J’ai écrit un recueil de nouvelles il y a quelques années qui s’intitulait Résonances, et essayait de dire ces moments vécus à un instant t et qui résonnent sur nos vies, sur celles des autres autour de nous, de façon différente selon chacun, et qui sont fondateurs de ce que l’on est, de ce que l’on devient. Ce recueil est resté dans mes tiroirs, mais l’idée de résonance est toujours un thème majeur pour moi.
Avec cette aventure, la résonance prend d’autant plus d’ampleur qu’elle est traitée par quatre auteurs. Comme des personnes dans une bande se croisent, vivent les mêmes choses, mais chacune à leur façon, croiser les nouvelles permet d’aller au plus près des résonances entre les vies de chacun, tout en laissant sa place entière au lecteur, qui s’immisce dans les blancs, construit son propre monde dans celui des blue Cerises.
Cette place laissée au lecteur est aussi quelque chose d’essentiel pour moi. J’écris souvent de façon elliptique, ouverte. L’album est un enjeu idéal pour ça, l’écriture peut y laisser beaucoup d’espace, à l’illustration bien sûr, mais aussi à l’imagination de l’enfant, du lecteur.

Pourquoi monter le concept comme une série télé ? La série anglaise « Skin » a-t-elle été une inspiration ? 



Cécile : C’est marrant, au départ, je n’y ai pas pensé, je regarde très peu la télé. Ensuite, avec l’histoire d’Olivia, le lien s’est fait, mais comme quelque chose de secondaire. On voulait raconter tout ce qui fait la vie d’un lycéen, écrire cet âge entre deux mondes. On a pensé le faire sur une année scolaire, de l’automne au mois de juin, et on appelait chaque « série » des « temps » : le temps des blue Cerises 1, etc. Ça n’a pas plu (sourire)… et les « temps » sont devenus des « saisons », terme qui fait directement référence aux séries télé. 
Côté série, je suis plutôt « Alias », j’aime me perdre, voir les épisodes comme ils se présentent, au hasard. L’amatrice de « Skin », c’est Maryvonne Rippert. 

Le concept s’annonce avec un secret partagé et aussi des titres évocateurs : « Cibles mouvantes », « L’attentat », qui font penser à du thriller, voire du fantastique avec « L’ange des toits », et finalement on se trouve plus dans des histoires d’amour torturées d’ados en pleine recherche d’eux-mêmes.

Quel est le style voulu ? 



Cécile : Un autre point important à la création des « blue Cerises » était la totale liberté de ton et de style des auteurs. Pour ces vacances de Toussaint, Maryvonne Rippert a surfé sur le fantastique. Mais très vite on s’est aperçu sans même en parler que le fait d’écrire en croisé nous amenait à rester dans un même champ. Difficile d’avoir un personnage en pleine SF sur une planète éloignée pendant que les trois autres iraient au lycée dans la région parisienne au début du XXIe siècle… Difficile, mais pas impossible, qui sait ? 
Les titres relèvent du choix personnel de chaque auteur, on ne s’est pas concerté.

Chacun a-t-il pu choisir son personnage ? Comment se sont opérés les choix ? 



Cécile : La naissance des personnages s’est faite, encore une fois, en totale liberté. On a créé un forum entre nous, un brouillon à quatre paires de mains. Chacun a pris la parole à la place de son personnage. On n’a pas pensé avant : « il faut deux filles, deux garçons » ni aucune autre considération de la sorte. Ils sont nés comme ça, de nos envies du moment, et ils ont grandi à travers des échanges sur ce forum. Les personnages y parlaient de leur famille, de leur spleen, de tout ce qui fait une vie de lycéen, et nous, auteurs, nous apprenions à connaître les personnages des trois autres pour pouvoir « les écrire ».

Le choix des personnages n’était absolument pas prémédité. La seule contrainte était d’écrire à la première personne. Voilà ce que j’avais écrit dans le dossier de présentation du projet : “Dans un premier temps, chacun a défini son personnage, son histoire personnelle et les rapports qu’il a avec les autres. Chaque auteur écrit ses nouvelles avec son style, en cohérence avec les autres auteurs mais avec une identité spécifique. À travers la diversité des nouvelles, les croisements de regards sur la vie, le lecteur s’identifie à l’un des ados, prend partie pour un autre… il devient presque un membre de la bande.”

Chaque auteur a donc commencé à écrire sur le forum en parlant “à la place de”, et les personnages sont nés comme dans n’importe quel roman, de nos envies, de nos thèmes de prédilection, de nos failles ? Les recueils sont vendus séparément, liberté totale est donnée au lecteur de choisir par lequel il va entrer dans l’aventure. Je trouve l’idée, disons le tout net, géniale et novatrice.

Comment vous y êtes vous pris pour travailler ensemble, avec tant d’harmonie
(les livres se répondent exactement, suivant les méandres des emplois du temps de chaque personnage avec beaucoup de précision et même l’apparition des personnages secondaires dans l’une ou l’autre des histoires).
Tout s’imbrique, tout se tient, cela a dû être un travail de titans !!



Cécile : La première saison a été écrite en simultané, chacun de son côté. Ensuite, on a lissé les calendriers, les chevauchements, les questions/réponses sur des points précis (les conversations téléphoniques par exemple). C’était possible puisqu’une grande partie des nouvelles se passe pour chaque personnage dans son lieu à lui (ce sont les vacances). 
Pour la saison 2, les Cerises sont au lycée, il y a beaucoup plus de croisements. On a écrit en suivant, l’un après l’autre. C’est un procédé stimulant : écrire en premier n’est pas du tout la même chose que « passer » en dernier, les contraintes se resserrent ! Il faut se faufiler entre les « scènes », tout en suivant le fil de son personnage à soi. Vraiment stimulant, oui. On a gardé ce procédé pour la saison 3, mais pas dans le même ordre…

On a d’abord utilisé le forum pour “lancer” nos personnages, apprendre à les connaître, eux, leur famille, leur entourage… Ensuite est venu le temps de l’écriture des nouvelles. Pour la saison 1, on les a écrites simultanément, avec seulement en main un vague calendrier de chacun. On les a ensuite relues pour une mise en cohérence des détails. Les personnages secondaires amorcés par l’un d’entre nous évoluent sous la plume des autres, c’est assez fascinant comme “exercice”.
Jean-Michel Payet s’est avéré un grand amateur de calendriers, il est la vigie générale du temps des Cerises. Maryvonne Rippert, elle, a monté un Wiki, la grande armoire de tout ce qui fait le quotidien des personnages. À partir de là, chacun travaille comme il l’entend, avec ses manies, ses marottes. Depuis la saison 2, on écrit l’un après l’autre, en changeant l’ordre d’écriture chaque fois. (Voilà un petit jeu : deviner qui a écrit en premier, qui en dernier…).


Comment ont été décidées les lignes narratives ?

Cécile : 

La seule chose qui ait été décidée et concertée, c’est l’existence d’Olivia comme lien entre les quatre personnages principaux. Mais il n’y a pas longtemps qu’on sait vraiment qui est Olivia, et ce qui s’est vraiment passé ce jour de balade en canoë… Liberté d’imaginer.

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