Les mots m’en tombent...
L’objet du délit
Au départ, il y a juste une idée de texte qui parlerait d’ombre et de lumière ; idée surgie au détour d’un vieux livre de géographie feuilleté avec nostalgie où j’étais tombée sur la page de l’ubac et de l’adret, vous savez, ces pentes d’une même vallée situées respectivement l’une à l’ombre et l’autre au soleil. La preuve en est est que c’est sous ce titre "Mr Ubac et Melle Adret" que j’avais envoyé le texte à mon éditrice...
Et l’idée à cheminé, doucement, insidieusement... Ombre et lumière... Tristesse et exhubérance... Un homme et une femme, qui, à ce que je sache et quoiqu’on en dise, sont des opposés appelés à se rejoindre depuis la nuit des temps.
Au départ, il y a donc deux êtres (humains) que tout oppose, que tout sépare, mais qui surmontant les épreuves (et les préjugés !) iront l’un vers l’autre, de l’ombre à la lumière.
Au départ, il y a, comme toujours, le plaisir infini de faire chanter et danser les mots, de les offrir à mes fidèles jeunes lecteurs et autres prescripteurs qui aiment mon travail.
Au départ,il y a enfin, le sublissime travail d’illustration de Clotilde Perrin qui, sans que nous nous rencontrions ni ne nous concertions a su, de ses traits lumineux, traduire ce que j’y avais mis, à savoir, la transcription d’une belle rencontre amoureuse.
Au départ comme à l’arrivée, il y a juste une histoire d’amour. Point barre.
Pourtant, à l’arrivée, tout cela est rayé, effacé, gommé, de quelques traits de plumes acerbes, résultat de je ne sais quelle étrange tournure d’esprit, qui a vu en cet album un texte réac, subversif, choquant et outrageant, se livrant, bille en tête, à un surpremant jeu de massacre. (A lire ici)
On a bien évidemment le droit de ne pas aimer mes textes, et je sais que certains peuvent parfois soulever des questionnements auxquels je suis la première à accepter de répondre. On a le droit d’émettre des critiques sur mon travail mais encore faut-il que celles-ci soient argumentées et justifiées. La critique n’est fondée et n’a de sens que lorsque qu’elle se livre à une analyse objective, alimentée par des exemples concrets. Mais quelle est sa portée lorsque, volontairement, on tronque les propos de l’auteur et qu’on occulte, délibérément, ceux qui viennent les contrebalancer ?
Effectivement, à l’ombre, chez Désiré, c’est le bazar. Oui, il n’a envie de rien, ni faire le ménage ni même le bricolage ! Mais chez lui, il fait sombre et froid et humide. Effectivement, Aglaé, sur son versant ensoleillé, lui est radicalement opposée, (souvenez-vous du thème de départ, adret et ubac) ; elle aime faire le ménage mais aussi le bricolage. Elle sait faire mitonner mais aussi clouer, visser, réparer, peindre, ce qui, bien évidemment, est délibérément occulté dans les billets. Et si Aglaé demande à Désiré de s’emparer de la truelle, alors qu’il est dit et démontré précédemment qu’elle sait parfaitement s’en servir, c’est qu’elle n’a pas trouvé d’autre prétexte pour le retenir. Je n’ose imaginer que cela n’a pas été compris. Alors je ne peux que me demander la raison d’une attaque aussi véhémente...
Si cela peut rassurer ces dames, et Dieu sait si elles en ont besoin, la centaine d’enfants à qui je l’ai lu, n’offre, à ma connaissance, aucun stigmate ni traumatisme apparent. Mais je ne manquerai pas, désormais, de mettre en garde leur parents. A moins qu’il ne faille apposer sur la couverture une étiquette "Attention lecture dangereuse !"
Comme chacun le sait, la critique est facile et l’art difficile, mais comment appeler cet exercice qui consiste à détruire, sans fondement, le travail d’un auteur et d’une illustratrice à qui l’on prête, sans vergogne, des intentions qui ne sont pas les leurs ?
Si, une fois la stupeur passée, les billets m’ont fait personnellement franchement sourire, je suis toutefois chagrinée à l’idée que leur venin viendrait à rejaillir et éclabousser le travail de Clotilde Perrin, magnifique illustratrice, alors qu’elle n’a aucune part de reponsabilité dans ce crime odieux.
Je remercie donc avec d’autant plus de gratitude la très juste analyse qu’en a fait Cécile Boulaire (que je découvre à cette occasion) sur son blog et que je vous invite à consulter pour vous faire une idée de l’inanité de l’attaque. Elle défend le texte bien mieux que je ne saurais le faire moi-même. Ce que je retiendrai, entre autres, de son analyse c’est effectivement ceci :
« "J’aimerais pour ma part proposer une lecture de fait plus optimiste, et moins idéologique, de l’album — l’occasion de poser la question de la lecture idéologique, en termes théoriques. Ou, plus exactement encore, je voudrais revenir sur la conviction que devant une œuvre littéraire, une lecture idéologique qui fait l’économie d’une analyse formelle manque son but. »
Ceci se passe de tout autre commentaire.
Je ne peux m’empêcher, en guise de conclusion, de faire référence à une chanson de la grande chanteuse « sexiste » Anne Sylvestre intitulée : C’est la faute aux hormones, Simone, c’est la faute aux hormones !
J’en profite pour vous annoncer la prochaine lecture publique le 11 avril à La Librairie Folies d’encre du Perreux. Je vous invite à venir très nombreux pour vous faire un avis quant à l’objet du délit.