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lundi 12 janvier 2015

11 janvier 2015 : la grande parade

Voilà, on en est revenu. Des voix s’élèvent cependant pour dire qu’on n’aurait pas dû y aller, comme celle de Patric Jean, que je ne connaissais pas jusqu’à présent et dont l’article "Refusons cette manifestation hypocrite" est à lire ici).

Il s’indigne à l’idée de "manifester aux côtés des pires gens de droite dont le racisme ne s’est pas dissimulé", d’hommes politiques français dont il combat les idées et de chefs d’état à la politique peu démocratique. S’il y était allé, il aurait vu que les hommes politiques et les partis étaient extrêmement discrets : les gens étaient là à titre individuel, très peu se sont regroupés sous des bannières de parti, quel qu’il soit. (D’ailleurs, c’était le bordel pour se retrouver, moi-même j’ai cherché en vain quelques visages connus au rendez-vous donné par la SGDL et la Charte des auteurs : les seuls visages connus que j’y ai aperçus étaient ceux de comédiens, Nicole Garcia par exemple. )
Et puis, l’intérêt de cette manif’, c’était JUSTEMENT qu’elle réunissait ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, ceux qui votent à droite, à gauche ou pas du tout, ceux qui feraient la tronche si leur fille épousait un Black, un Juif, un Arabe, un Catho ou un goy, ceux qui se sont écharpés sur la question du port du voile et du mariage pour tous. Bien sûr qu’on n’était pas tous sur la même longueur d’ondes, et je pense que la plupart des manifestants n’étaient pas assez bêtes pour l’avoir oublié, mais JUSTEMENT, on était tous là pour dire et montrer que, malgré nos différences considérables en matière de croyances religieuses, d’opinions politiques et de valeurs culturelles, on était désireux de co-exister pacifiquement, voire fraternellement, sur ce bout de Terre qui s’appelle France et sur lequel l’Histoire ou le hasard nous ont jetés. Alors oui, j’ai sûrement côtoyé des électeurs de Sarkozy, moi qui ai toujours voté à gauche, échangé des sourires avec des gens qui lisent "Le Figaro", moi qui ai lu "Charlie hebdo", et tapé des mains à l’unisson avec des croyants convaincus, moi qui suis athée. Et c’est pour ça que j’étais là. Les autres aussi, je suppose. Le calme extrême de cette foule immense, sa courtoisie, sa patience, sa bienveillance (oui, vous avez bien lu : des Parisiens courtois et patients !), c’était réconfortant. Réconfortant aussi, de croiser au hasard des divagations : ma fille (!), une amie perdue de vue depuis longtemps, et une auteure de la Charte.

Parce qu’on avait besoin, tous, de réconfort . Comme le dénonce à juste titre l’article cité ci-dessus, ces éclats de violence sont le résultat d’enjeux géo-politiques qui nous dépassent et que nous ne maîtrisons pas. Ce n’est pas, comme nous en accuse l’auteur, que nous évitions "le moindre questionnement sur notre fonctionnement collectif" et sur les racines du fondamentalisme islamiste et du terrorisme. Si, nous nous posons des questions, nous ne sommes pas abrutis (enfin, pas tous, hein !) mais nous n’avons pas les réponses et nous nous sentons bien impuissants. Face aux lycéennes disparues, aux bombes qui tuent des enfants, aux villageois assassinés, aux enfants que l’on charge d’une bombe, aux dessinateurs exécutés, aux employés et clients de supermarché mitraillés, aux gardiens de la paix achevés, face à toutes ces victimes qui, comme nous, ne demandaient probablement qu’à mener leur vie du mieux qu’ils le pouvaient, en faisant à autrui le moins de tort possible, nous ne pouvons que nous rassembler pour dire notre chagrin, notre désarroi, notre solidarité et notre volonté de résister à la haine et à la violence. C’est peu, c’est énorme.

Quant aux chefs d’état étrangers qui étaient là, et tous ceux qui n’y étaient pas, n’est-ce pas une belle façon de montrer au monde que oui, on peut vivre ensemble sans s’entretuer ?

2 Messages de forum

  • 11 janvier 2015 : la grande parade 12 janvier 2015 12:31, par Maryvonne

    Cela m’a fait penser à ces processions d’enterrements en Ardèche. On rit, on pleure, on parle d’autre chose, des récoltes, des potins. On se montre, on est là. Avec cette lourdeur de la perte, et la compassion. Ces jours-ci on en a vu pleurer des durs, comme Val, on a vu sangloter l’inconsolable Pelloux que son métier a pourtant dû endurcir, on a vu cet homme se jeter dans les bras du président, et celui-ci le bercer, parce que le chagrin s’adoucit dans le partage. Qu’un pigeon ait apporté sa contribution charliesque pour détendre l’atmosphère, c’était bien.
    On va recommencer à s’écharper, à polémiquer, à lutter front contre front. C’est normal, c’est la démocratie.
    Que la présence de certains chefs d’état ait fait grincer des dents, c’est normal, mais ils représentaient leurs pays, et cela a sans doute permis quelques négociations en sous main.
    La douceur du deuil, la dignité, les réconciliations, le rire nous ont fait du bien. Je ne crois pas que cela influence durablement le cours des choses, mais cela montre que nous sommes aussi capable du meilleur, face au pire. Et c’est déjà beaucoup.

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