Halb, l’autre moitié

Il y a deux ans, Alexis Ciesla, un ami clarinettiste et compositeur qui enseigne au Conservatoire de Saint-Priest (Rhône), m’a fait cette belle proposition : « Je voudrais que tu m’écrives un conte, à mettre en musique pour un ensemble de clarinettes… »
Comment concevoir un texte qui offre le plus d’espace possible à la musique, en tenant compte des spécificités de cet instrument ? L’idée a vite chatouillé mon imaginaire, un curieux défi.
Je me suis alors imprégnée des compositions d’Alexis, en particulier de celles qu’il a écrites pour le « Doumka Clarinet Ensemble » dans lequel il joue et qui mêle jazz, compositions et musiques traditionnelles d’Europe orientale et klezmer. Des musiques festives aux mélodies nostalgiques. Vie, pulsation, vibrations, chants de la mémoire et danse du vent.

Pour écouter quelques morceaux de Doumka,
tendez l’oreille par ici.
Là encore, des extraits de "Café Rembrandt", l’un des albums de Doumka, en collaboration avec le percussionniste Youval Micenmacher.
« Le projet me trottait dans la tête depuis une dizaine d’années. Il y a assez peu de contes musicaux pour classe d’instruments. Cela est sûrement lié au fait qu’écrire de la musique n’est pas aisé, surtout quand il s’agit d’oeuvres qui, par définition, seront assez conséquentes. Le manque était là, l’envie d’écrire aussi, mais la peur de se lancer également ! Au fil du temps, j’ai pris confiance en ma capacité à écrire de la musique et j’ai finalement osé déclencher l’affaire en proposant à Sigrid Baffert de tirer les premiers traits de cette aventure artistique et humaine... »
Alexis Ciesla
Peu à peu, le conte en germe a pris des accents klezmer. S’est dessiné un texte sur la mémoire et la transmission, un texte pour tous les âges. L’idée était la suivante : décliner un thème leitmotiv sous diverses formes et couleurs musicales, avec de nombreux arrangements possibles.
J’ai écrit une première mouture, puis mots et musique se sont nourris mutuellement. Alexis m’a suggéré des thèmes de chansons issus du conte, j’ai écrit certaines paroles à partir de la musique. Un vrai partage.
A la lecture du texte, l’envie musicale d’Alexis s’est ouverte et l’ensemble instrumental s’est enrichi vers d’autres instruments.
Le thème : L’histoire de Halb se situe quelque part, en Europe de l’Est. Dans l’un de ces endroits érodés par la guerre et les balles perdues. Là-bas, il demeure une chose immuable qui se fraye un chemin entre les interstices et que les chars n’arrêtent pas : la musique.
Dans un vieil appartement insalubre de la petite ville de Krank vivent Tallinn, sa grand-mère Baka, et un petit chien, "Frageh", qui signifie "question" en yiddish.

Pour les 14 ans de Tallinn, Baka souhaite lui transmettre une mélodie. Une mélodie très particulière, qui se transmet de génération en génération. Une mélodie pour comprendre le pourquoi et le comment, le dedans et le dehors, l’avant et l’après.
Seulement voilà, Baka se souvient du début, mais elle a oublié l’autre moitié. Impossible de la jouer à Tallinn en entier. Baka se désole et s’étiole. Et peu à peu, Frageh se met à enfler et grossir, jusqu’à devenir énorme, une satanée question de plus en plus envahissante....
Pour réveiller la mémoire de sa grand-mère, Tallinn décide de partir à la recherche de l’autre moitié de cette mélodie perdue. Sur leur route, Tallinn, Baka et Frageh croisent mille et un visages. Zoran, Irina, Amia et ses chevilles de vent...
Le début du conte :
Le quartier de Krank est là, debout, comme un vieux qui s’acharne à reprendre son souffle.
Sur les boîtes à lettres, la plupart des noms ont disparu,
mais on dit que le facteur est un peu sorcier
et le courrier finit toujours par arriver à destination.
L’immeuble où vivent Tallinn et sa grand-mère Baka est mité par les balles perdues,
pourtant la vieille femme répète : "les trous, ça laisse passer la lumière et la musique."
Ici, la musique se fraye toujours un passage à travers les fissures.
Aujourd’hui est un mardi particulier et dans la cuisine, Baka pétrit une pâte à tarte.
A ses pieds, un petit chien jaune, posé sur le tapis, comme une question.
C’est d’ailleurs pour ça qu’on l’a appelé "Frageh".
En yiddish, frageh signifie "question"...

conte musical pour un narrateur, une chanteuse
choeur et ensemble instrumental
Une création du Conservatoire municipal
de Musique et Théâtre de Saint-Priest
Inauguré en mai 2011 à Saint-Priest il sera rejoué le 12 juin 2012 au Centre Culturel Théo Argence de Saint-Priest
Le programme de la première du spectacle, jouée en mai 2011 cliquez, ici.
Par ici, vous pourrez écouter quelques extraits du conte.
Ici, le texte de La chanson du marchand de lunettes.
